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L’assurance emprunteur est-elle obligatoire pour un prêt immobilier ?

Personne tenant les clés de son logement devant la porte d'entrée, illustrant la finalisation d'un achat immobilier financé par un prêt assuré

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Non, aucun texte de loi n’impose l’assurance emprunteur. Mais en pratique, la banque l’exige presque toujours comme condition d’octroi du prêt immobilier : sans elle, pas de crédit. Cette distinction n’est pas un détail de vocabulaire. C’est précisément ce qui vous donne le droit de choisir un autre assureur que celui de votre banque, et de changer plus tard.

Obligation légale ou exigence bancaire : la différence qui compte

Une obligation légale s’impose à tout le monde, indépendamment de tout contrat : l’assurance de responsabilité civile automobile en est l’exemple type. L’assurance emprunteur ne fonctionne pas comme cela.

Ici, c’est le prêteur qui pose la condition. Il peut exiger un contrat d’assurance avant d’émettre son offre de crédit, et il fixe lui-même les garanties minimales qu’il attend. Le caractère obligatoire ou facultatif de cette assurance doit d’ailleurs figurer dans l’offre préalable de prêt.

La conséquence est à votre avantage : puisque l’exigence est contractuelle et non légale, elle porte sur un niveau de garanties, pas sur un fournisseur. La banque peut vous dire ce que le contrat doit couvrir. Elle ne peut pas vous dire chez qui le souscrire.

Les contenus qui résument ce sujet confondent souvent les deux, et concluent soit que l’assurance est obligatoire — ce qui est faux en droit —, soit qu’elle est facultative — ce qui est trompeur en pratique, puisque le refus de s’assurer se traduit par un refus de prêt.

Quelles garanties la banque peut-elle exiger ?

Le socle demandé pour un prêt immobilier porte sur quatre ou cinq garanties, dont une seule est systématiquement facultative.

Garantie Ce qu’elle couvre Statut usuel sur un prêt immobilier
Décès Remboursement du capital restant dû, à hauteur de la quotité assurée Exigée dans tous les cas
PTIA — perte totale et irréversible d’autonomie Même effet que le décès, lorsque l’assuré ne peut plus exercer d’activité et a besoin d’une assistance permanente Exigée avec le décès
IPT et IPP — invalidité permanente totale ou partielle Prise en charge des échéances selon le taux d’invalidité reconnu au contrat Exigée sur un prêt pour la résidence principale
ITT — incapacité temporaire totale de travail Prise en charge des échéances pendant un arrêt de travail, après la franchise prévue Exigée sur un prêt pour la résidence principale
Perte d’emploi Prise en charge partielle et temporaire des échéances après un licenciement Jamais obligatoire

Le prêteur formalise ces attentes dans une fiche personnalisée, remise avec l’offre. Cette fiche définit le contrat à obtenir : taux de couverture, type et contenu des garanties. Elle est votre document de référence, parce que c’est elle — et rien d’autre — qui sert à juger un contrat concurrent.

11 critères
Nombre maximal de critères que la banque peut retenir pour apprécier l’équivalence du niveau de garantie sur le décès, la perte d’autonomie, l’invalidité et l’incapacité. Elle peut y ajouter au maximum 4 critères pour la garantie perte d’emploi.
Point de vigilance

Deux contrats affichant la même liste de garanties peuvent se comporter très différemment en cas de sinistre. Le regard doit porter sur les définitions et les limites : la durée de la franchise avant prise en charge en ITT, le mode d’indemnisation en invalidité — indemnitaire ou forfaitaire —, le seuil de taux d’invalidité qui déclenche la garantie, l’âge limite de couverture, et surtout les exclusions. Les affections dorsales et psychiques sont les deux postes les plus fréquemment exclus ou soumis à conditions, alors qu’ils représentent une large part des arrêts de travail longs. C’est là, et non sur la cotisation, que se joue l’utilité réelle du contrat.

La banque peut-elle vous imposer son propre contrat ?

Non. Vous pouvez vous adresser à l’assureur de votre choix : c’est ce qu’on appelle la délégation d’assurance. Et si vous optez pour un contrat externe, la banque ne peut pas modifier en retour les conditions de votre prêt, notamment son taux.

Le droit de changer ne s’arrête pas à la signature. La loi n° 2022-270 du 28 février 2022 permet de résilier et de substituer son assurance emprunteur à tout moment, sans frais. Depuis le 1er septembre 2022, cette faculté vaut pour tous les emprunteurs, y compris ceux dont le contrat était déjà en cours, et sans avoir à attendre la première année. Depuis le 1er juin 2023, les contrats conclus ou pouvant être conclus en ligne doivent offrir une résiliation accessible en quelques clics.

La procédure tient en cinq étapes.

  1. Récupérer la fiche standardisée d’information et la fiche personnalisée remises lors du prêt : elles fixent le niveau de garanties à égaler.
  2. Faire étudier un contrat alternatif présentant une équivalence de garanties sur les critères retenus par la banque.
  3. Adresser au prêteur la demande de substitution, accompagnée des conditions générales et de la notice du nouveau contrat.
  4. Attendre sa réponse : elle doit intervenir dans un délai de dix jours ouvrés à compter de la réception du dossier complet.
  5. En cas d’accord, le prêteur modifie le contrat de crédit par avenant dans les dix jours ouvrés, en recalculant notamment le taux annuel effectif de l’assurance.

Un refus est possible, mais il doit vous être communiqué et motivé par un motif légitime — en pratique, la non-équivalence du niveau de garantie sur un ou plusieurs critères. Un refus non motivé, ou motivé par le simple fait que le contrat vient d’ailleurs, n’est pas conforme. Tant que le prêteur n’a pas accepté la substitution, l’ancien contrat n’est pas résilié : vous n’êtes donc jamais exposé à un trou de couverture.

Enfin, le prêteur doit vous rappeler chaque année votre droit de résiliation et ses modalités — une obligation issue de la décision du Conseil constitutionnel n° 2017-685 QPC du 12 janvier 2018.

Cas pratique

Un couple de 35 ans emprunte 250 000 € sur 20 ans et assure chacun 100 % du capital, soit une quotité totale de 200 %. Le contrat groupe proposé par la banque ressort à 0,34 % du capital initial par an et par assuré. Sur la durée, l’assurance représente alors un montant du même ordre que plusieurs années d’intérêts : c’est le deuxième poste de coût du crédit, loin devant les frais de dossier. Une délégation à 0,12 % pour le même niveau de garanties diviserait ce poste par près de trois. Ces taux sont des ordres de grandeur illustratifs : la tarification réelle dépend de l’âge, de la profession, du statut fumeur et du niveau de garanties, et ne peut être connue qu’après étude.

Et si vous avez un problème de santé ?

C’est la situation où l’exigence bancaire devient réellement bloquante, et c’est aussi celle où le droit a le plus évolué.

Le questionnaire de santé est supprimé lorsque deux conditions sont réunies : la part assurée ne dépasse pas 200 000 € par personne, et le remboursement total du prêt est prévu avant le 60e anniversaire de l’emprunteur. Dans ce cas, aucun questionnaire ni examen médical ne peut être exigé, et aucune surprime ni exclusion ne peut être appliquée au titre de l’état de santé. Au-delà de l’un de ces deux seuils, le questionnaire redevient exigible.

Le droit à l’oubli dispense de déclarer un cancer ou une hépatite C lorsque le protocole thérapeutique est terminé depuis plus de cinq ans, qu’aucune rechute n’a été constatée, et que l’échéance du contrat intervient avant le 71e anniversaire.

La convention AERAS s’applique automatiquement lorsqu’un risque aggravé de santé est déclaré : elle organise un examen à plusieurs niveaux du dossier avant tout refus définitif.

Une précision importante : l’absence de questionnaire ne vaut pas absence de déclaration. Les pathologies qui ne relèvent pas du droit à l’oubli, et les situations actuelles d’incapacité, d’invalidité ou d’inaptitude au travail, doivent être déclarées lorsqu’un questionnaire est remis. Une fausse déclaration intentionnelle entraîne la nullité du contrat, au titre de l’article L113-8 du code des assurances — ce qui signifie, concrètement, un refus de prise en charge au moment où le sinistre survient, alors que les cotisations ont été payées pendant des années.

L’avis de Simon
La question « est-ce obligatoire » cache presque toujours une autre question

Quand un emprunteur demande si l’assurance est obligatoire, il cherche rarement à ne pas s’assurer. Il cherche à comprendre pourquoi ce poste représente autant sur son plan de financement, et s’il peut agir dessus. La réponse utile est donc moins juridique que pratique : vous ne pouvez pas éviter l’assurance, mais vous choisissez librement où la prendre, avant comme après la signature. Dans les dossiers que nous traitons, l’erreur la plus coûteuse n’est pas d’avoir accepté le contrat de la banque au moment de l’achat — c’est souvent le plus simple quand le compromis court. L’erreur est de ne jamais y revenir ensuite. La fenêtre est désormais permanente, et la fiche personnalisée remise au moment du prêt reste valable des années : c’est tout ce qu’il faut pour faire étudier une substitution.

Simon Méhault
Simon Méhault Courtier en assurance

Questions fréquentes

Peut-on obtenir un prêt immobilier sans assurance emprunteur ?

Juridiquement, oui : aucun texte ne l’impose. En pratique, la banque conditionne presque toujours son accord à la souscription d’une assurance couvrant au moins le décès et la perte totale et irréversible d’autonomie. Certains dossiers aboutissent avec une garantie de substitution, par exemple le nantissement d’un placement existant, mais cela relève d’une négociation au cas par cas et non d’un droit opposable au prêteur.

La banque peut-elle augmenter mon taux si je choisis un autre assureur ?

Non. Si vous présentez un contrat externe offrant un niveau de garantie équivalent à celui exigé, le prêteur ne peut pas modifier en retour les conditions du crédit, ni son taux, ni les frais. Il peut en revanche refuser la délégation, à condition de motiver ce refus par une non-équivalence du niveau de garantie.

Qu’est-ce que la quotité assurée, et pourquoi en parle-t-on si peu ?

La quotité est la part du capital couverte pour chaque emprunteur. Deux co-emprunteurs peuvent être assurés à 50 % chacun, à 100 % chacun, ou dans toute autre répartition dont le total atteint au moins 100 %. Elle détermine à la fois le coût et le niveau réel de protection : avec 50 % chacun, le décès d’un des deux ne solde que la moitié du capital restant dû, et le survivant continue de payer l’autre moitié sur un seul revenu. C’est l’arbitrage le plus décisif du dossier, et le moins souvent expliqué.

Faut-il assurer un prêt destiné à un investissement locatif ?

Les banques exigent généralement au minimum le décès et la perte totale et irréversible d’autonomie, et se montrent plus souples sur l’invalidité et l’incapacité, les loyers étant censés couvrir une partie de la charge. Le niveau exigé figure dans la fiche personnalisée du dossier : c’est elle qui tranche, et non une règle générale.

Mon contrat date d’avant 2022 : puis-je quand même changer ?

Oui. Depuis le 1er septembre 2022, la faculté de résiliation à tout moment s’applique à tous les contrats, y compris ceux souscrits avant l’entrée en vigueur de la loi du 28 février 2022. L’ancienneté du prêt ne vous prive d’aucun droit ; elle réduit simplement l’économie potentielle, puisque celle-ci se calcule sur le capital restant dû.


Votre assurance de prêt vous coûte-t-elle trop cher ?

Nous reprenons la fiche personnalisée remise par votre banque et comparons les offres de nos partenaires à niveau de garanties équivalent, exclusions comprises. L’étude ne vous est pas facturée : nous sommes rémunérés par les partenaires dont nous présentons les offres.


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Simon Méhault
Courtier en assurances - Co Fondateur Octopus Assurances

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